Le livre autobiographique « Mémoires vives », ou « Permanent Record » en anglais, d’Edward Snowden a été publié en 2019 et reste d’une brulante actualité sur les questions de la cybersurveillance, de vie privée et de préservation des libertés fondamentales.
Si vous ne l’avez pas encore lu, il peut être commandé sur le site de la fnac ou d’autres libraires, broché ou au format pdf ou epub et également directement en ligne au moins dans sa version anglaise.
J’avais vu le film « Snowden » sorti en 2016 mais ce livre apporte de très nombreuses précisions. Il est passionnant.
Un livre de réflexions
Edward Snowden nous livre des réflexions parfois profondes parfois drôles voire les deux.
Pour illustrer, Edward Snowden indique que c’est à Mario Bros qu’il doit la leçon la plus importante de sa vie : Mario est condamné à aller vers la droite, confronté au mur invisible de la gauche, condamné à aller de l’avant, comme dans la vraie vie.
Pour l’auteur il est nécessaire de s’intéresser au savoir numérique et de comprendre la technologie à peine de succomber à sa tyrannie : c’est l’idée que ce que vous possédez finit par vous posséder, du moins si vous ne faites pas l’effort de le comprendre. C’est le prix de la liberté.
Un livre témoignage
Ce livre est un témoignage, une histoire, une vie, où l’auteur évoque avec nostalgie l’internet des années 2000 qui était d’abord fait par les gens et pour les gens où le but était d’informer sans monnayer, où la courtoisie, le partage régnait en maître, bien loin de l’agressivité et des querelles omniprésentes sur les réseaux sociaux qui ont pris leur essor dans les années 2010.
Car dans les années 1990, notre présence sur Internet ne se confondait pas avec notre personne « IRL » (in real life), dans la vie de tous les jours. L’anonymat était encore possible.
Edward Snowden nous interroge : nos ordinateurs, nos téléphones sont devenus nos maisons. A tel point que l’on préfèrerait sans doute laisser nos collègues voire des tiers traîner seuls dans notre maison pendant une heure plutôt que de pouvoir consulter notre téléphone ne serait ce que pendant dix minutes !
Selon Edward Snowden, c’est le pouvoir, le contrôle qui rend une révélation acceptable et une autre non. Une divulgation n’est jugée acceptable qu’à la condition qu’elle ne remette pas en question les prérogatives fondamentales d’une institution.
Pour Edward Snowden, « il ne saurait exister d’alliance naturelle entre la technologie et les gouvernements »
L’objectif d’ Edward Snowden, en devenant un « lanceur d’alerte » était qu’à la suite de ses révélations, une pression publique s’exerce sur l’institution en question.
Dans son livre, Edward Snowden décrit son exil à Hong Kong où il a effectué ses révélations, objets du documentaire « Citizenfour » sorti en 2014, avant d’émigrer en Russie où il vit désormais.
Un livre historique

Edward Snowden rappelle qu’en 1926, l’Union soviétique a organisé ce qui était présenté comme un recensement de la population. Mais les gens étaient tenus d’indiquer leur nationalité. Cela aurait conduit à la volonté de « rééduquer » idéologiquement les populations qui ne formaient pas l’élite soviétique. Le recensement nazi de 1939 poursuivait le même objectif statistique et avec l’assistance d’une succursale allemande d’IBM.
En 1978, une juridiction, la cour de surveillance du renseignement étranger a été créée après la découverte de l’espionnage intérieur à l’encontre des militants opposés à la guerre du Vietnam et des activistes des mouvements des droits civiques.
Une livre militant
Pour Edward Snowden, à la suite des attentats du 11 septembre 2001, « on est passé d’une Amérique qui se définissait par le respect de ceux qui exprimaient leur désaccord à un système sécuritaire » où il ne faut plus résister. Si l’on est pas « pour » c’est donc que l’on est « contre ».
Mais Snowden décrit l’effet « Frankenstein » ou effet « retour de bâton » qui consiste à prendre des décisions politiques qui à terme ont des conséquences néfastes pour le pays.
En faisant référence à un « budget noir » de 52,6 milliards de dollars, l’auteur décrit l’organisation des services secrets consistant à obtenir du Congrès les financements publics suivant un « système de ruissellement » pour embaucher des contractuels qui en apparence travaillent pour des sociétés privées alors qu’ils travaillent en réalité au service de leur pays. Le travail de renseignement incombe donc aux employés du privé comme à ceux du public.
Un livre pédagogique
Edward Snowden distingue le programmeur de logiciels, le spécialiste hardware, le spécialiste réseau.
Il décrit la méthode du « piratage de Van Eck ».
Le rôle des métadonnées, première source d’information sur un individu, est détaillé.
Il rappelle qu’un fichier que l’on croit effacé n’a que très rarement disparu du système : « la prochaine fois que vous copierez un fichier, demandez-vous pourquoi cela prend autant de temps alors que l’acte de suppression est instantanée (…) »
Les services secrets américains possèdent leur propre internet, leur propre facebook, leur propre wikipedia et une version particulière de Google.
Edward Snowden rappelle que le réseau Tor « The Onion Router » ou « routage en oignon » a été mis au point par l’Etat lui-même dans les années 1990 avant d’être mis à la disposition du grand public en 2003.
Edward Snowden décrit le programme PRISM, le programme Upstream Collection, ou les serveurs de collectes « passives » ou « actives » qui interceptent les requêtes permettant la collecte des données personnelles, mails, photos, chats audio et video, historiques de navigation, etc… auprès des plus grandes sociétés américaines.
De façon générale, 90% du trafic internet mondial s’effectuerait grâce à des technologies possédées par les grandes entreprises américaines. De même, les logiciels, le matériel, les puces, les routeurs, les plateformes web sont américaines.
Cela expliquerait que selon Edward Snowden, le gouvernement américain se livrerait à une surveillance de masse.
Mais en matière de technologies, il n’existe pas d’équivalent au « serment d’Hippocrate » concernant la surveillance de masse.
Edward Snowden rappelle qu’en 2013, James Clapper, directeur du renseignement national, avait affirmé sous serment devant le « Select Committe on Intelligence » du Sénat que la NSA ne s’était pas lancée dans un collecte de grande ampleur des communications des citoyens américains.
Pour Edward Snowden, la communauté du renseignement a hacké la constitution américaine.
Concernant la vie privée, pour Edward Snowden, « prétendre que vous n’accordez aucune importance au concept de vie privée parce que vous n’avez rien à cacher n’est pas très différent que d’affirmer que vous n’avez que faire de la liberté d’expression parce que vous n’avez rien à dire, ou que la liberté de culte vous indiffère puisque vous ne croyez pas en Dieu »
En évoquant les récentes évolutions des législations mondiales, le standard HTTPS et la mise en place du RGPD, Edward Snowden estime que l’adoption du cryptage serait, pour chacun, une véritable protection pour la surveillance.

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