Révélations d’un cyberflic et enquêtes sur la face cachée du web

Piratages, escroqueries, chantages sexuels, usurpations d’identité… Pierre Penalba, commandant de police, décrit dans son livre « Cyber crimes : un flic 2.0 raconte »  son quotidien de cyber policier en lutte contre la cybercriminalité.

Un récit haletant ancré dans la réalité loin de la série Les Experts

« Cyber crimes : un flic 2.0 raconte » se lit comme un roman. Vraiment. Il se lit d’une traite.

L’auteur, responsable du groupe de lutte contre la cybercriminalité à Nice, s’exprime avec clarté et pédagogie : le récit est compréhensible même pour un néophyte en informatique avec la présence d’un lexique placé à la fin de chaque chapitre pour définir les termes techniques employés. De nombreuses ressources « pour aller plus loin » sont également présentes à la fin de l’ouvrage.

Sans jargon abstrait, le commandant Pierre Penalba parvient à décortiquer la complexité juridique, technique et psychologique de ses enquêtes en décrivant les relations entre plaignants, prévenus, témoins, policiers, magistrats … Le métier est complet et complexe. Dotés de très solides compétences techniques, il faut être à la fois aux aguets sur le terrain et à l’écoute dans les bureaux.

Des enquêtes cocasses ou sordides

Le récit est à l’image de la diversité des enquêtes décrites : certains chapitres sont drôles avec des situations cocasses comme cet échange avec deux commerçantes niçoises, d’autres sont étonnants comme ces concurrence que se livrent des entreprises de réservations de vols aériens privés, ou compte tenu de la personnalité des délinquants notamment Flavio, « l’escroc préféré », jeune délinquant récidiviste à l’imagination débordante. Les faits décrits sont parfois improbables voire surréalistes. Les situations sont diverses, à l’image de la psychologie humaine.

Mais certains chapitres sont sinistres et comportent un avertissement. Le lecteur est d’ailleurs averti dès le début du livre ainsi qu’en tête des chapitres concernés qui traitent de la pédophilie. En lisant ces pages, le malaise est total. La psychologie des enquêteurs est mise à rude épreuve. Le sentiment éprouvé est le même qu’en lisant certains dossiers du journal Le Monde sur le sujet notamment l’article « Comment les policiers traquent les pédophiles sur le dark Net » publié en juillet 2020. La question concerne presque exclusivement des hommes, parfois âgés, parfois très jeunes (cf. chapitre Pokémon évolution ») atteints de TOC « troubles obsessionnels compulsifs ».

La question des moyens techniques et des effectifs insuffisants

Entre les lignes, en dépit d’outils techniques très performants, comme le CPS « Child Protect System » dont on apprend qu’il se joue même de Tor, il se confirme que les effectifs policiers sont très insuffisants pour lutter contre la cybercriminalité et mettre un terme.

L’ouvrage sonne aussi comme un avertissement pour les contrevenants qui imaginent être à l’abri cachés derrière leur adresse IP. Même lorsqu’ils sont interpellés, certains imaginent encore que leurs interlocuteurs sont du niveau de Cruchot ou Gerber. Mais les policiers qui sont à leurs trousses n’ont rien de novices en informatique. Bien au contraire.

Si les chapitres sont courts et nerveux, les enquêtes se révèlent parfois très longues comme celle ayant conduit à l’arrestation d’un pirate de serveurs d’universités qui était commercial dans une entreprise et se connectait à des réseaux wifi lors de ses différents déplacements (« Blitzkrieg »).

Un ouvrage d’intérêt public pour comprendre la cybercriminalité

Le livre est très intéressant au regard des conseils nécessaires qu’il donne à l’usage de tous. Il rassemble des recommandations ou bonnes pratiques pour le grand public, les particuliers, les adolescents, les salariés d’entreprises,.. face aux dangers auxquels ils peuvent s’exposer sur Internet, consciemment ou non, par naïveté ou méconnaissance.

Le livre pourrait revêtir le label de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information « Anssi », au vu des nombreux conseils préventifs qu’il donne face aux multiples menaces : usurpation d’identité, d’adresse électronique, sécurité des enfants et adolescents, commerce en ligne, connexion wifi, sécurité des smartphones et tablettes, e-réputation, infox ou « fake news », photos et videos intimes, phishing et ingénierie sociale, objets connectés, etc…

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