Étiquette : Cybercrime

  • Victime de cyberharcèlement ? Comment faire cesser la publication de contenu en ligne ?

    Victime de cyberharcèlement ? Comment faire cesser la publication de contenu en ligne ?

    Un coupe en situation de conflit familial a rencontré des difficultés pour faire garder ses deux enfants.

    La mère a pris contact avec une association afin de l’assister.

    Cependant les relations de la mère avec le président de l’association se sont dégradées pour des raisons qui ne sont pas précisées.

    Les publications répétées sur internet ayant pour conséquence une dégradation des conditions de vie du couple visé

    Le président de l’association a alors pris l’initiative de publier 34 articles de blogs en plusieurs langues afin de ternir la réputation du couple.

    Au regard de ce contenu constitutif de harcèlement en ligne, le couple a pris contact avec un avocat.

    L’avocat a adressé une mise en demeure au président de l’association afin de voir supprimer les publications litigieuses mises en ligne.

    Cependant le président de l’association n’a pas déféré à la demande de retrait qui lui était adressée.

    Au contraire le président a publié de nouveaux contenus visant le couple.

    Le délit de harcèlement en ligne visé par l’article 222-33-2-2, 4° du code pénal

    Le couple a alors fait assigner le président de l’assignation devant le juge des référés afin de voir juger l’existence d’un trouble manifestement illicite constitué par la violation de l’article 222-33-2-2, 4° du code pénal.

    Selon l’article 222-33-2-2, 4° du code pénal, le fait commis au moyen de l’utilisation d’un service de communication en ligne, de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale, est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.

    La condition d’une altération de la santé physique ou mentale de la victime de l’infraction

    Le couple a produit un certificat médical établissant l’altération de sa santé.

    Le juge des référés a fait droit à la demande du couple en condamnant le président de l’association à retirer sous astreinte de 100 euros par jour de retard les articles litigieux publiés sur internet ainsi qu’au paiement de dommages et intérêts à hauteur de 2 000 €.

    Que dit la loi ?

    Selon l’article 222-33-2-2 du code pénal :

    Le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende lorsque ces faits ont causé une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours ou n’ont entraîné aucune incapacité de travail.

    L’infraction est également constituée :

    a) Lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime par plusieurs personnes, de manière concertée ou à l’instigation de l’une d’elles, alors même que chacune de ces personnes n’a pas agi de façon répétée ;

    b) Lorsque ces propos ou comportements sont imposés à une même victime, successivement, par plusieurs personnes qui, même en l’absence de concertation, savent que ces propos ou comportements caractérisent une répétition.

    Les faits mentionnés aux premier à quatrième alinéas sont punis de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende :

    1° Lorsqu’ils ont causé une incapacité totale de travail supérieure à huit jours ;

    2° Lorsqu’ils ont été commis sur un mineur ;

    3° Lorsqu’ils ont été commis sur une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de leur auteur ;

    4° Lorsqu’ils ont été commis par l’utilisation d’un service de communication au public en ligne ou par le biais d’un support numérique ou électronique ;

    5° Lorsqu’un mineur était présent et y a assisté.

    Les faits mentionnés aux premier à quatrième alinéas sont punis de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende lorsqu’ils sont commis dans deux des circonstances mentionnées aux 1° à 5°.

    Photo de Zoe Fernandez sur Unsplash

  • Révélations d’un cyberflic et enquêtes sur la face cachée du web

    Révélations d’un cyberflic et enquêtes sur la face cachée du web

    Piratages, escroqueries, chantages sexuels, usurpations d’identité… Pierre Penalba, commandant de police, décrit dans son livre « Cyber crimes : un flic 2.0 raconte »  son quotidien de cyber policier en lutte contre la cybercriminalité.

    Un récit haletant ancré dans la réalité loin de la série Les Experts

    « Cyber crimes : un flic 2.0 raconte » se lit comme un roman. Vraiment. Il se lit d’une traite.

    L’auteur, responsable du groupe de lutte contre la cybercriminalité à Nice, s’exprime avec clarté et pédagogie : le récit est compréhensible même pour un néophyte en informatique avec la présence d’un lexique placé à la fin de chaque chapitre pour définir les termes techniques employés. De nombreuses ressources « pour aller plus loin » sont également présentes à la fin de l’ouvrage.

    Sans jargon abstrait, le commandant Pierre Penalba parvient à décortiquer la complexité juridique, technique et psychologique de ses enquêtes en décrivant les relations entre plaignants, prévenus, témoins, policiers, magistrats … Le métier est complet et complexe. Dotés de très solides compétences techniques, il faut être à la fois aux aguets sur le terrain et à l’écoute dans les bureaux.

    Des enquêtes cocasses ou sordides

    Le récit est à l’image de la diversité des enquêtes décrites : certains chapitres sont drôles avec des situations cocasses comme cet échange avec deux commerçantes niçoises, d’autres sont étonnants comme ces concurrence que se livrent des entreprises de réservations de vols aériens privés, ou compte tenu de la personnalité des délinquants notamment Flavio, « l’escroc préféré », jeune délinquant récidiviste à l’imagination débordante. Les faits décrits sont parfois improbables voire surréalistes. Les situations sont diverses, à l’image de la psychologie humaine.

    Mais certains chapitres sont sinistres et comportent un avertissement. Le lecteur est d’ailleurs averti dès le début du livre ainsi qu’en tête des chapitres concernés qui traitent de la pédophilie. En lisant ces pages, le malaise est total. La psychologie des enquêteurs est mise à rude épreuve. Le sentiment éprouvé est le même qu’en lisant certains dossiers du journal Le Monde sur le sujet notamment l’article « Comment les policiers traquent les pédophiles sur le dark Net » publié en juillet 2020. La question concerne presque exclusivement des hommes, parfois âgés, parfois très jeunes (cf. chapitre Pokémon évolution ») atteints de TOC « troubles obsessionnels compulsifs ».

    La question des moyens techniques et des effectifs insuffisants

    Entre les lignes, en dépit d’outils techniques très performants, comme le CPS « Child Protect System » dont on apprend qu’il se joue même de Tor, il se confirme que les effectifs policiers sont très insuffisants pour lutter contre la cybercriminalité et mettre un terme.

    L’ouvrage sonne aussi comme un avertissement pour les contrevenants qui imaginent être à l’abri cachés derrière leur adresse IP. Même lorsqu’ils sont interpellés, certains imaginent encore que leurs interlocuteurs sont du niveau de Cruchot ou Gerber. Mais les policiers qui sont à leurs trousses n’ont rien de novices en informatique. Bien au contraire.

    Si les chapitres sont courts et nerveux, les enquêtes se révèlent parfois très longues comme celle ayant conduit à l’arrestation d’un pirate de serveurs d’universités qui était commercial dans une entreprise et se connectait à des réseaux wifi lors de ses différents déplacements (« Blitzkrieg »).

    Un ouvrage d’intérêt public pour comprendre la cybercriminalité

    Le livre est très intéressant au regard des conseils nécessaires qu’il donne à l’usage de tous. Il rassemble des recommandations ou bonnes pratiques pour le grand public, les particuliers, les adolescents, les salariés d’entreprises,.. face aux dangers auxquels ils peuvent s’exposer sur Internet, consciemment ou non, par naïveté ou méconnaissance.

    Le livre pourrait revêtir le label de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information « Anssi », au vu des nombreux conseils préventifs qu’il donne face aux multiples menaces : usurpation d’identité, d’adresse électronique, sécurité des enfants et adolescents, commerce en ligne, connexion wifi, sécurité des smartphones et tablettes, e-réputation, infox ou « fake news », photos et videos intimes, phishing et ingénierie sociale, objets connectés, etc…